Le jeudi 16 novembre 2006, le parti socialiste s’est choisi Ségolène Royal comme candidate à la magistrature suprême, par un système électoral interne au parti qui fera date. Il s’agit d’un véritable tournant dans la vie politique française, non par le résultat du scrutin qui peux se synthétiser en une chronique d’une victoire annoncée, mais pas ses modalités. Son ampleur, tant par le taux de participation que par la forte majorité acquise, dès le premier tour, rend indiscutable et indiscutée la victoire de Ségolène Royal.Le tournant politique que représente cette élection mérite d’être rapidement analysé sous trois aspects.
En premier lieu, un débat a été organisé tant au sein du parti socialiste que par l’intermédiaire de la chaîne parlementaire et repris par LCI. Le débat télévisé en trois phases a opposé trois candidats, dans une ambiance sereine et policée. A souligner, au sein du parti, de même, on n’a constaté aucune dérive. Lors de réunions publiques, il y a eu certes des réactions plus vives, sifflets répondant aux applaudissements, mais on ne contrôle pas une assistance importante, enthousiaste ou critique. Et ceci n’est qu’un épiphénomène. Les socialistes ont ainsi donné une belle leçon de démocratie interne qui amène ce système de primaire à être pratiquement incontournable. Ils ne sont pas les seuls. Les Verts avaient déjà fait de même. Mais aucun parti n’avait donné une telle ampleur ni organisé une telle liberté de scrutin. Les autres partis n’ont plus qu’à s’aligner. C’en est donc fini des désignations autoproclamées ou à l’issue de discrètes tractations opérées entre quelques initiés au sein du sérail restreint de l’appareil suprême d’un parti politique. Là aussi, il n’y a plus qu’à reprendre la méthode du parti socialiste.
En second lieu, ce système d’élection interne vaut une primaire sur le modèle américain, ce qui n’est pas fatalement la meilleure des solutions. Cependant, s’impose le constat. Le médiatisme joue un rôle grandissant au détriment du débat d’idées. La présentation du candidat, sa capacité à sourire, à entraîner la sympathie compte au moins autant que le programme énoncé, sinon plus. Une mine sévère n’est plus de mise, bien plus, une bévue peut être rachetée par un sourire.
Un dernier point mérite d’être mis fortement en exergue. Ségolène Royal a obtenu un score écrasant, non pas tant parce qu’elle est une femme, mais surtout parce qu’à tort ou à raison, elle incarne un renouveau. Elle a bénéficié d’un rejet des éléphants, qui plus est d’éléphants blancs, assimilés à des professionnels de la politique, baignant dans un appareil auquel le commun des militants n’accède jamais. Dans ces conditions, le concept de limitation des mandats électoraux, tant en nombre que dans le temps, prend une valeur décuplée.
Ce n’est pas pour déplaire à DÉMOCRATIES qui a toujours prôné et même initié le concept d’un mandat et d’un seul, comme d’une mandature ne pouvant être renouvelée qu’une seule fois. Cela implique, nécessairement et en corollaire, l’établissement d’un statut de l’élu, toujours évoqué, mais jamais réalisé par des législateurs n’en concevant pas la nécessité, ni pour eux-mêmes, ni à court terme, puisqu’ils se sentaient et étaient des professionnels.
Il est nécessaire bien analyser, très froidement, très objectivement, ce scrutin. Pour une part notable, Ségolène Royan a bénéficié d’un phénomène de rejet de la classe politique. On a, pour une part, voté contre cette classe politique e donc pour elle, assimilée à un élément neuf. Ceci a été doublé par des erreurs monumentales, comme un déficit de communication porté à charge de candidats qui, pourtant, avaient un programme très valable. Or, il ne suffit pas d’avoir de bonnes idées : faut-il encore les expliquer. Et ceci demande du temps. Le temps existait. Faut-il savoir l’employer.
De toutes les manières, le peuple de gauche s’est prononcé. Il serait absurde de vouloir dissoudre le peuple !
Faisons en sorte que le renouveau de ces présidentielles apporte ce plus à la démocratie !
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