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Démocraties

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L’ACTION DE LA FRANCE AU RWANDA DE 1990 A 1994 : LES LIMITES DE L’ENGAGEMENT CONSTRUCTIF

Jean-Marie VIANNEY NDAGIJIMANA

Ancien ambassadeur et ancien ministre des Affaires étrangères du Rwanda


vianney.jpgVous m'avez demandé de parler de mon parcours pour la période concernée : j'ai été nommé ambassadeur en France en Septembre 1990, quelques semaines avant l'attaque du Front Patriotique Rwandais (FPR) contre le Rwanda. J'étais auparavant Ambassadeur en Ethiopie avec juridiction sur l'Ethiopie, le Soudan, représentant permanent auprès de l'OUA (Organisation de l’Unité Africaine) et de la CEA (Commission des Nations Unies pour l’Afrique). Je suis arrivé en France fin Octobre 1990, c'est-à-dire un mois après l'attaque. C'est au moment où l'armée rwandaise venait de refouler les troupes du FPR vers la forêt, vers l'Ouganda d'où venait le mouvement rebelle.
C'est une étape charnière. J'arrive en France à un moment où mon pays est en guerre. J'y suis resté jusqu'à la fin de la guerre, c'est-à-dire jusqu'à la victoire du FPR. Dire que j'ai tout vu, dire "j'y étais" comme disent certains, alors qu'il n'y ont jamais mis les pieds, ce serait très prétentieux de ma part. Mais pour peu que je sois parvenu à faire mon travail comme mon devoir m'y obligeait par ailleurs, par amour pour mon pays, pour mon peuple, et aussi pour le pays dans lequel je représentais le mien, je peux aujourd'hui témoigner de certaines phases importantes sur lesquelles malheureusement il y a tant de mythes développés par les uns et par les autres ; tant de mensonges, même, proférés à l'encontre de certains acteurs du processus rwandais.
Autre élément important me concernant : en 1991, au moment où le Rwanda entrait dans le multipartisme et où j'avais le choix d'appartenir à un parti ou un autre, parmi les forces en présences au Rwanda, j'ai choisi d'adhérer au Mouvement Démocratique Républicain (MDR). L’adhésion à un parti politique n'était pas interdit aux diplomates, ni à qui que ce soit d'ailleurs. Ce fut sans doute une grosse erreur de permettre aux fonctionnaires de participer directement et ostensiblement à la vie politique en termes de partis. C'est une très grosse erreur qui nous a coûté très cher.

Revenons à l'action de la France au Rwanda. Au moment où j'arrive en France, je suis reçu par les services du Quai d'Orsay pour présenter la copie de mes lettres de créances, par le Ministère de la coopération, pour faire connaissance et ensuite par le Président François Mitterrand, accompagné de son Ministre des Affaires Etrangères, Monsieur Roland Dumas. Ce qui m'a frappé, c'est le langage tenu par le Président Mitterrand, par le message adressé par mon intermédiaire au Président Habyarimana. Le Président Mitterrand a dit, comme il savait le faire, sans vous regarder en face mais en vous regardant quand même : "dites à mon frère qu'il faut parler." Au départ, je ne comprenais pas le sens qu’il donnait à cette courte phrase. Il a ensuite insisté et répété deux ou trois fois : "il faut parler, il faut dire au Président Habyarimana qu’il est facile de savoir quand, comment, et par qui une guerre a commencé ; mais on ne peut jamais savoir ni comment ni quand elle se terminera. Donc il faut négocier avec vos frères," disait le Président Mitterrand.
Moi qui venais d'Ethiopie, qui entendais les différents phantasmes selon lesquels le Président Mitterrand était l'ami indéfectible et personnel du Président Habyarimana, j'ai d'abord été étonné. Mais je me suis ensuite rendu compte qu'il n'était pas question de relations d'amitié personnelles mais plutôt interétatiques. La France était un pays ami, qui nous conseillait amicalement et qui avait raison de le faire, avec fermeté et on peut le dire, de façon claire.
"Il faut parler." A plusieurs reprises, j'ai assisté à des audiences présidentielles entre les deux Chefs d'Etat français et rwandais, à des rencontres entre le Président Habyarimana et le Chef d'État-major de l'Elysée, avec des conseillers de l'Elysée, avec certains hauts fonctionnaires ou certains Ministres. Jamais, contrairement à ce qu'affirment certains humanitaires, certains journalistes, la France n'a donné l'impression de conseiller la manière forte. En tous cas, pas à moi - et je m'en serais étonné -, et je l'aurais peut-être exprimé, parce que je n'étais pas nécessairement d'accord avec tout ce qui se passait au Rwanda. Jamais la France n'a conseillé la manière forte. Au contraire. Aujourd'hui, je m'étonne que certains veuillent faire passer l'idée que la France a aidé l'armée rwandaise de manière à tuer des tutsis ou des hutus de l'opposition appelés aussi des « Hutu modérés. C'est l'inverse qui s'est passé.

On peut aborder la question selon les différentes phases, selon les différentes étapes du processus Rwandais de 1990 à 1994.



Retrouvez la suite de cette intervention dans les actes du colloque par  mail.
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